Le 18 décembre dernier, le prestigieux complexe hôtelier Art Résidence a accueilli l’exposition FAYAHO du jeune artiste plasticien béninois Cortex Asquith. Ce vernissage s’articule autour de magnifiques œuvres qui dévoilent en effet un regard original et esthétique sur le phénomène socio-économique qu’est la commercialisation de l’essence frelatée au Bénin. Nous vous faisons revivre dans cet article chacune des créations inspirées de cette exposition tout à fait authentique.

La vie comme élément centrale de ses réalisations

La démarche artistique de l’artiste et designer Cortex Asquith puise sa source des réalités socio-culturelles qui l’entourent. « La vie est l’élément central autour duquel gravitent mes créations » précise-t-il. Ses techniques de peinture et de dessin partent principalement du doodling.

« La composition de mon travail questionne la vie en tant que trait d’union entre la naissance et la mort. Ainsi sur mes œuvres, la forte dominance de traits, continus, discontinus, ondulés, remarquables ou déformés traduisent l’idée de ma démarche et la manifestation de la vie dans tous ses états ».

Bien plus que de simples tableaux créés, il s’agit d’une ambition personnelle de connexion avec le divin. «  C’est aussi un moyen pour moi en tant qu’artiste de me sentir proche de ma culture par une géomancie de manifestation similaire de la vie qu’est le FA ».

« Il traite de la vie, du passé, du présent et du futur, de notre passage sur terre. Ainsi on ne saurait venir au monde sans mission, sans laisser de traces, sans laisser un trait. Chaque jour doit être un questionnement pour nous sur le choix de la longueur de nos traces, de notre chemin, de notre lumière et ce que nous laissons pour les générations futures ».

La retranscription de sa démarche artistique dans l’exposition « FAYAHO »

« FAYAHO » représente ainsi un travail sur les bidons d’essences frelatées. Cette exposition s’articule autour de deux angles d’analyse. Le premier se rapporte au point de vue de l’artiste en tant qu’observateur du phénomène du kpayo.

« En tant qu’observateur, les œuvres le font remarquer tout de suite grâce aux couleurs vives et attirantes. C’est ce que nous voyons et que nous croyons comprendre. La présence et les actions des acteurs qui sont les vendeurs. Sur cet aspect, cinq œuvres ont été réalisées. Elles font la majorité car c’est cette partie (peut-être superficielle) de mon analyse qui s’impose dans notre quotidien ».

Tableau Tinminho (Histoire d’emplacement)

Timinho by Cortex Asquith

« Le bidon avec l’inscription du coût, l’indication de la position de la station de fortune ou encore un message particulier (ex : essence en gros à la wabatologie). Tous ces éléments permettent au client de repérer une station à proximité ».

 Tableau Gbigbonho (Histoire de siphonage)

Gbigbonho by Cortex Asquith

« Les fameuses stations de fortune, et surtout le système de siphonage des vendeurs pour transférer l’essence d’un bidon de 25l ou plus vers de plus petits contenants. Ce siphonage se fait par aspiration par la bouche grâce à un tuyau ».

Tableau Kikonho (Histoire de versement)

Kikonho by Cortex Asquith

« Les entonnoirs localement appelés ‘’foulin’’ sont les principaux outils utilisés par les vendeurs pour alimenter les engins (voitures, motos, camions, etc.) en carburant. Afin d’éviter que des débris, des résidus ou des déchets ne s’introduisent dans le véhicule pour causer plus de dommages, généralement à ces entonnoirs sont associés des tissus qui servent de filtre ».

« Pour la petite anecdote, à un moment même des comprimés étaient vendus en parallèle pour soi-disant “protéger le moteur du véhicule” ».

Tableau : Histoire de barque)

Hounho by Cortex Asquith

« Le transport très souvent clandestins des barriles et bidons d’essence se fait par voies lagunaires. De grosses barques sont chargées voire même surchargées, puis sont envoyées en direction du Bénin. On peut constater leur présence dans les confluences de Ganvié ».

Tableau : Aliho (Histoire de chemin)

Aliho by Cortex Asquith

« Une fois accueillis sur terre ferme, ces bidons d’essence sont aussi surchargés sur des motos qui se dirigent vers les fameuses stations de fortune. Pour les moins chanceux, ils n’arriveront jamais à destination car soit ils sont arrêtés par la police, ou au pire, ils meurent brûlés vifs dans des accidents de la route, emportant parfois des innocents avec eux ».

Une deuxième analyse ressort du travail artistique de Cortex Asqutih. « En tant qu’acteurs, les œuvres dans un premier temps montrent par les couleurs présentes les implications directes des acteurs et les conséquences résultant de l’activité qu’ils mènent ».

Tableau : Akwèho (Histoire d’argent)

Akweho by Cortex Asquith

« Depuis 1979, le commerce de l’essence frelaté, localement appelé kpayo ou fayaho a pris une grosse ampleur et s’est vu être embrassé par des milliers de personnes du fait du fort taux de chômage croissant ».

« C’est ainsi que de nombreux vendeurs ont pu faire fortune et de nombreuses familles, par cette pratique, subviennent à leurs besoins. D’où la présence de l’argent comme référence graphique dans l’œuvre. Cependant, cette activité n’est pas sans conséquences ».

« On note les cas d’incendie du fait de la non prise en compte des paramètres de sécurité dans la vente et le transport de l’essence, mais aussi, un manque à gagner pour l’Etat en matière fiscale d’environ 20 milliards de FCFA chaque année en moyenne. Le feu ici comme référence graphique représente les incendies et l’argent de l’Etat partant en fumée ».

Tableau : Agbazaho (Histoire de santé)

Agbazaho by Cortex Asquith

« Dans un raisonnement idéaliste, on se dirait bien que mener une pareille activité de vente est mieux que voler ou rester chez soi et mourir de famine. Mais c’est tristement vers une autre mort que nos chers vendeurs se dirigent ».

« En effet, la commercialisation et le contact de ces acteurs à la matière sans protection les mettent en danger d’un point de vue sanitaire. On pourra donc noter les maladies respiratoires liées à l’inhalation du gaz s’échappant de l’essence ou l’inhalation d’autres composants toxiques comme le plomb et le benzène ainsi que des maladies cutanées ».

« Ici comme références graphiques de la santé, on remarque les plantes mais surtout le bidon en forme de poumons pour rappeler les infections respiratoires ».

Tableau : Mékanikiho (Histoire de mécanique)

Mekanikiho by Cortex Asquith

« Enfin, reconnaissons l’omniprésence de ces acteurs sur le territoire et la facilité à laquelle ils sont accessibles, parfois même dans les zones très reculées où des stations d’essence légales sont quasi inexistantes. Cependant, la consommation d’essence frelatée n’est pas sans risque pour nos véhicules sur une certaine période ».

« On note alors les dommages causés sur les pompes à essence ou les filtres à essence. Les références graphiques à ce problème représentées dans l’œuvre sont le bidon en forme de pompe à essence et les symboles en forme de clé de serrage pour souligner le souci mécanique  ».

« Dans un second temps, elles montrent par la représentation en gris des bidons, des visages. Ces visages sont ceux que j’attribuerais aux acteurs, derrière lesquels un long parcours, une longue histoire et des manigances se dessinent ».

Qui est Cortex Asquith, l’icône grandissante de l’art contemporain béninois ?

Mahugnon SOGNIGBE à l’état civil, Cortex Asquith S. est un Designer – artiste visuel. Il détient une double licence en Diplomatie et Relations Internationales et en langue espagnole. 

Grand amoureux d’art, l’artiste réalise ses premiers pas en photographie artistique. En 2018, il remporte le trophée de Meilleurs Tableaux exposés au Festiflash, un festival francophone africain lancé au Bénin. À la suite de cet incroyable succès, il décide de s’essayer à l’art plastique. 

C’est ainsi qu’il démarre et enchaîne plusieurs collaborations professionnelles notamment avec l’Atelier des griots dans des réflexions artistiques sur :

  • la rénovation de la maison des jeunes d’Akpakpa Dodomey ;
  • et sur l’animation et la direction de plusieurs ateliers tant avec eux qu’avec d’autres associations.

Performeur également, il preste au centre culturel chinois de Cotonou et à d’autres événements partenaires pour rapprocher l’art du public. Dans son ascension artistique, Cortex Asquith se fait remarquer à des expositions collectives notamment ceux de :

  • Bénin Design Award dans le cadre de l’événement La Nuit du Pagne Tissé au Novotel (2019) ;
  • des activités de la semaine climatique organisés à l’Union Européenne en collaboration avec l’Atelier des Griots ainsi que d’autres associations (2019) ;
  • l’exposition Marque Identitaire organisé par Atileb’art (2019-2020) ;
  • l’Expo Daho du cabinet Noukpo (2020) et à l’exposition Perspective à Le Centre (2021). 

Toujours en quête de connaissance et d’approfondissement de ses capacités, il va associer à ses compétences artistiques le design. Cortex Asquith suit des formations professionnelles diplômantes en design graphique et en design numérique.

Toutes ses compétences lui ont valu des collaborations avec des entreprises (Sèmè One) et des marques de produits commerciaux. Elargissant la portée de son art vers différents médiums, il lance ses Mug Malad qui sont des tasses au design original. 

Où retrouver quelques oeuvres de l’artiste ?

Aujourd’hui, ses œuvres sont présentes dans des entreprises de design comme Iroko Fablab (fresque), le Cabinet Architecture du Soleil (fresque), Swiitch Design (fresque). Le prestigieux espace Hôtelier Art Résidence (10 toiles) sise à Porto-Novo détient également quelques créations de l’artiste.

Il est possible de le suivre sur les réseaux sociaux, notamment sur son compte Instagram pour découvrir d’autres productions exceptionnelles de Cortex Asquith.

N’hésitez pas à vous abonner à notre Newsletter afin de découvrir d’autres jeunes talents béninois. Donnez-leur de la force en les suivant sur les réseaux sociaux.

Laisser un commentaire